Le schéma narratif

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Au-delà de quelques lignes sur les manuels de français de 6e, le schéma narratif est l’un des rares terrains sur lequel toute l’humanité se rassemble, au-delà des cultures, des milieux ou des classes sociales. Non seulement les humains du monde entier ont toujours titillé leurs émotions en se racontant des histoires, mais celles-ci sont en plus construites à peu près de la même façon.

Le type de narration souvent utilisé pour aborder le schéma narratif est le conte. Excellent exemple, il n’en reste pas moins que l’une des multiples formes que peut prendre une histoire. Et parmi ces formes, le cinéma n’échappe pas à la règle, bien qu’il soit souvent plus simple de déceler le schéma narratif dans un court-métrage que dans un long. Mais vous vous demandez : "Diable, qu’est-ce donc que ce truc que ce schéma narratif ?". Le meilleur ami du scénariste, parbleu !
Allez, hop, un petit rappel de 6e, en adaptant vos vieux souvenirs au film de fiction :

Situation initiale

C’est la phase qui permet au spectateur de découvrir le contexte, les personnages. Le spectateur ne pourra pas entrer dans une histoire s’il n’est pas un minimum attaché à ceux qui la vivent. Et pour ça, il ne faut pas négliger le temps des présentations. On appâte. Créer des situations qui permettent avec le minimum d’éléments, d’en dire le plus possible sur l’univers, l’époque, les problématiques de son quotidien ; sur les caractères des personnages, ce qui les rend singuliers, les liens entre eux.


Extrait de "Mac Canaghan II l’Ile des Ombres" (tout savoir sur ce film), Arrêter à 12’51". En 1’30", on est capables de donner le caractère des 5 personnages, leurs aptitudes, et de déterminer les rapports entre chacun. C’est bon, l’action peut commencer !

Élément déclencheur

C’est là où se pose le problème que l’histoire, d’une manière ou d’une autre, devra résoudre. Ça mort, on ferre. C’est là première marche de la tension, pour capturer l’attention et ne plus la lâcher. Le problème peut être de mille natures, mais il brise systématiquement l’harmonie présentée en situation initiale. Au problème doit se succéder une envie ou un besoin pour le ou les personnage(s) de le résoudre.

Extrait de "Du Rêve au Cauchemar"(tout savoir sur ce film), Arrêter à 2’25". Un blockhaus apparaît (problème) ET l’équipe décide de le visiter (besoin de le résoudre).

Péripéties et point culminant

Ce sont les petites pointes d’actions et de tensions, la suite de situations, provoquées par le problème, qui éloignent ou rapprochent le spectateur de sa résolution. On épuise le poisson. Ce sont surtout les boulettes de charbon qui alimentent la chaudière de la tension. Celle-ci ne fait d’ailleurs que croître jusqu’à l’apogée, le "climax", qui provoque un besoin irrésistible de la résolution chez le spectateur. Le poisson est hors de l’eau.

Conseil du rédacteur : Allez-y mollo sur les péripéties en format court. En effet, prendre le temps de planter un décor, distiller la tension dans les silences et les émotions (gros plans, cf la botte "cinéma, petit guide de dissection"), amener les informations une à une, dans le bon ordre et de la bonne manière est souvent plus efficace que se perdre dans l’action et les dialogues ; cela dit, "ya pas de panaché !" comme dirait l’autre.

Dénouement

On appelle aussi cette étape la résolution du problème. On relâche le poisson. Son objectif est de faire tomber la tension, plus ou moins rapidement, en faisant pousser des "bon sang, mais c’est bien sûr !" au spectateur. Le dénouement le plus brutal est la chute, qui correspond à un retournement total de situation. Celle-ci est très adaptée aux formats courts voire très courts, et tombe à pic notamment lorsqu’on veut faire rire. L’étape suivante n’est pas systématique, mais elle peut aider le spectateur à refaire surface et préparer sa digestion des émotions ressenties ; c’est l’ouverture vers l’avenir, qui tient en une phrase dans la plupart des contes : "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants". On peut encore rajouter un élément, l’épilogue, qui remet en questions les informations du dénouement et laisse partir le spectateur avec une pointe de tension.

Extrait de "Le Manteau de Brice"(tout savoir sur ce film). Brice s’en sort tête haute et accepte que le pouvoir de son manteau soit imaginaire (dénouement). Mais l’est-il réellement (épilogue) ?

En conclusion

Lorsque l’on raconte une histoire, on est à la pêche. Si on tire trop fort, si on relâche trop, si on est trop rapide ou trop lent, on perd l’attention du spectateur. Et le cinéma n’échappe pas à la règle ! D’où l’intérêt de prendre le temps qu’il faut pour l’écriture, avant de foncer comme un cheval fougueux ;-).

Bonne pêche !

Le jeudi 18 juin 2015, par Rémi Duquenne