Ma caméra est un micro

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Ne nous voilons pas la face : le son est rarement le point fort des films amateurs. Pourtant, en étant conscient(es) de son importance et en suivant quelques tuyaux, là encore la solution "achat de matériel" est loin d’être la seule.

Avant de se ruer vers les magasins pour acquérir une station portative, un micro canon ou autre caméra "pro" ou "semi-pro", peut-être faut-il simplement commencer par tirer le meilleur parti du micro de votre petit caméscope, ou même de votre appareil photo ou de votre smartphone (voir ici pour la prise en main). Voici quelques astuces pour y parvenir (elles sont d’ailleurs toutes valables aussi avec le matériel cité ci-avant ! ) :

Pendant le tournage

Le plus simple et le plus efficace est déjà de porter une attention aussi importante à la capture du son qu’à celle de l’image. Comme on évitera un contre-jour, on vérifiera l’horizontalité ou travaillera artistiquement son cadrage, on évitera les bruits parasites, se protégera du vent ou contrôlera exactement que seuls les sons qui nous intéressent soient présents pendant la capture. Évidemment, un contrôle au casque est vraiment l’idéal mais, malheureusement, de plus en plus d’appareils n’ont plus de sortie "jack".

Direction d’acteur

Un acteur amateur n’aura pas le réflexe de placer sa voix de manière à ce que la compréhension de ce qu’il dit soit parfaite. Ainsi, en plus de le guider vers le ton idéal, on l’invitera à parler fort (même s’il s’agit de chuchoter), lentement (même s’il s’agit d’être énervé) et distinctement (même s’il s’agit de marmonner).

Confiance en la superposition

En fiction (mais pas seulement), il faut absolument éviter de capturer son d’ambiance, musique de fond où autre bruit pendant la capture d’un dialogue. Ainsi, on demandera à ses figurants de travailler un joli brouhaha lorsque vous filmerez l’ensemble de votre scène en plan large (acteurs muets), et de se taire tout en mimant d’avoir exactement la même conversation sur les plans plus rapprochés. Vous pouvez ensuite, au montage, travailler indépendamment les niveaux sonores les dialogues, le brouhaha, la musique de votre film et les éventuels autres bruitages et sons d’ambiance fabriqués ou récupérés sur la toile. Le tout au profit de la clarté de vos dialogues, évidemment.

Post-synchronisation "maison"

Il ne s’agit pas de doubler ses films en post-production comme sont les films étrangers (quoique cela puisse rattraper certaines de vos scènes). Toutefois, au montage, on peut utiliser le son capturé sur un plan pour sonoriser un autre plan, (d’où l’importance de filmer toute la scène pour chaque cadrage). Par exemple, on utilisera volontiers le son propre et sans bavure d’un gros plan ou d’un plan rapproché (caméra proche du sujet) sur un plan large où l’on entend mieux les oiseaux que ses acteurs. Pour cela, on isolera la partie du dialogue issue du gros plan, on la superposera au son d’origine du plan large pour la meilleure synchronisation possible, puis on supprimera le son d’origine.

Continuité sonore

Toujours au montage, faites très attention à la continuité sonore : pour la même scène, passez d’un extrait sonore à un autre avec un fondu plus long que son contenu le permet. Vous pouvez aussi essayer d’utiliser au maximum un seul extrait sonore continu pour plusieurs plans, et ne pas changer d’extrait sonore exactement sous un changement de plan (l’exemple qui suit est tiré du montage de Mauvais Plan sur Kdenlive).

Une technique de nettoyage de vos dialogues

Malgré tous vos efforts, il peut rester des bruits parasites qui nuisent à la clarté de vos dialogues (bruit du zoom ou de l’auto-focus, souffle trop présent...). Vous pouvez alors tenter de "nettoyer" votre piste grâce à une petite manipulation sur le logiciel Audacity (libre et gratuit, il est disponible sur tous les OS) :

  • 1 : Dans Audacity, cliquez sur Fichier/Ouvrir, puis sélectionner le fichier vidéo en question. Son spectre sonore apparaîtra sur l’écran.

Note : Suivant votre système d’exploitation et sa configuration, il vous faudra peut-être extraire l’audio au préalable. Dans ce cas, des solutions existent, comme par exemple ce site internet.

  • 2 : Double-cliquez sur la piste pour la sélectionner dans son ensemble, puis cliquez sur Effet/Compresseur. Conservez les réglages par défaut et cliquez sur Valider. Le niveau général augmentera, et les voix seront mieux mises en avant ; mais votre souffle sera toujours là, et amplifié, par-dessus le marché.
  • 3 : Sélectionnez une zone de silence de votre piste, puis cliquez sur Effet/Réduction du bruit/prendre le profil du bruit.

  • 4 : Double-cliquez sur votre piste pour la sélectionner à nouveau dans son ensemble, puis cliquez sur Effet/Réduction du bruit/Valider. Vos zones de silence apparaîtront plus lisses et le souffle parasite sera moins présent.
  • 5 : Exportez votre travail dans un fichier : cliquez sur Fichier/Exporter, donnez un nom à votre fichier, choisissez le format d’enregistrement WAV (Microsoft) signé 16 bits PCM dans le bouton en bas à droite de la fenêtre, puis cliquez sur Enregistrer.

  • 6 : Dans votre logiciel de montage, il vous suffit de synchroniser votre piste propre avec l’ancienne, puis de supprimer l’ancienne.

Attention : Cette technique améliore la compréhension mais appauvrit la qualité du son, puisque certaines fréquences sont tout bonnement supprimées. Si vous ne prévoyez pas d’ajout de musique sur la partie nettoyée, il est conseillé de rajouter un son d’ambiance comportant toutes les fréquences (p’tits ’zozios, bruits de la rue, brouhaha, tic-tac d’horloge...)

Note : Cette technique ne nécessite en aucun cas la maîtrise du logiciel Audacity, et se contente des réglages par défaut. Mais si vous êtes curieux, vous pouvez vous balader , , ou .

Le vendredi 31 juillet 2015, par Rémi Duquenne